L’expérimentation du travail dans une période de transition vers l’âge adulte

Quand on parle de Travail Social Hors Murs (TSHM), il n’est pas toujours aisé de rendre visible les actions réalisées par les professionnels et de se représenter ce métier. S’exerçant auprès des communautés locales et ayant pour objectif principal la création d’un lien de confiance avec les populations en situation de fragilité, il est intéressant de se questionner sur les outils que ces praticiens utilisent, pour favoriser la proximité. À Thônex, un des moyens que les TSHM déploient, est l’outil « petits jobs », mis en place en faveur des jeunes de la commune. Il y a trois types de “petits jobs”: certains sont effectués avec les TSHM qui encadrent directement les jeunes, d’autres sont proposés par la commune, dans ce cas les TSHM servent de relais, enfin certaines missions sont proposées par des entreprises communales qui engagent les jeunes directement ou qui s’appuient sur l’expertises de TSHM pour trouver un jeune intéressé et prêt à relever le défi.  

En articulant les diverses dimensions qui sont ressorties des enquêtes effectuées sur les participants de ce dispositif et les employeurs qui les engagent, nous allons mettre en lumière le sens de cet outil et ses apports.

Public

Public cible et organisation

Le sens de l’outil petits jobs

Les petits jobs s’adressent à des jeunes âgés entre 15 et 25 ans, domiciliés sur la commune de Thônex. Proposés directement par les travailleurs sociaux hors murs (TSHM) aux candidats, ces petits travaux se réalisent sur le principe de la libre adhésion, principe mentionné dans le référentiel du travail social hors mur (2017). La prise de contact des TSHM avec les jeunes s’effectue notamment lors des tournées de rue ; un travail de visibilité est donc essentiel. Sur le terrain, les jeunes sont donc informés de la possibilité de participer à des petits jobs. Certains adhèrent et s’inscrivent directement auprès des TSHM, d’autres en entendent parler par leur entourage et font les démarches nécessaires. De ce fait, l’outil « petits jobs » apparaît comme étant un moyen, pour les TSHM, d’entrer en contact avec leur public cible. En plus d’offrir un suivi individuel aux jeunes, les professionnels les mettent en lien avec des employeurs pour leur permettre l’expérimentation du travail. Le but premier de cette démarche n’est pas l’insertion durable sur le marché du travail, mais bien de créer un lien de confiance et de repérer d’éventuelles problématiques nécessitant un suivi adapté. Dans ce sens, Laurent Wicht et Julie Peradotto mentionnent dans leur rapport concernant une enquête menée à la boîte à boulot (BAB) que « derrière la demande de travail se profile alors d’autres demandes et la situation du jeune se dévoile peu à peu. » (2018, p.29).

A la rencontre des jeunes et des employeurs

Dans le cadre de la réalisation de cet article, nous avons rencontrés trois jeunes, domiciliés à Thônex, un travailleur social hors murs, ainsi qu’un entrepreneur et deux responsables de la voirie. Ci-dessous, une brève présentation de ceux-ci :

– Manon a 17 ans. Actuellement, elle est en recherche d’apprentissage après avoir arrêté une première formation qui ne lui convenait pas. Elle a participé à plusieurs petits jobs qui lui ont été proposés par les TSHM.
– Raphaël a 20 ans. Actuellement, il n’exerce aucune activité et souhaite commencer l’école de commerce en candidat libre. Il a eu l’occasion de participer à quelques petits jobs qui lui ont été proposés par les TSHM.
– Alfred a 19 ans. Actuellement, il est en 3ème année de l’école de commerce. A côté de ses études, il a participé à plusieurs petits jobs qui lui ont été proposés par les travailleurs sociaux.
– L’entrepreneur que nous avons rencontré est à la tête d’une entreprise qui propose des petits travaux de récupération des déchets aux jeunes. Son discours, bienveillant et plein de tolérance à l’égard de cette jeunesse a été riche en informations pour la rédaction de cet article.
– La Commune, quant à elle, engage des jeunes ponctuellement pour des événements communaux : les jeunes sont alors mandatés pour animer des stands, être en cuisine ou à la caisse par exemple lors de la fête des écoles.

Motivations

Les motivations à la participation : l’argent mais pas que ?

Du point de vue des employeurs

Concernant l’entrepreneur, la main d’œuvre est primordiale à l’exercice du travail au quotidien. Faire appel aux jeunes pour des petits jobs apparaît donc comme étant une nécessité pour le fonctionnement de son entreprise. En outre, il affirme choisir d’engager des jeunes de la commune pour des raisons de proximité et pour « rendre l’ascenseur à la collectivité », qui le mandate pour du travail. Nous relevons son implication et son engagement pour la jeunesse de Thônex. Dans ce sens il affirme :

« Thônex est en plein développement, Chêne-Bourg aussi, donc des jeunes sans emploi, malheureusement, il y en aura encore. On a aussi mis en place cette politique, parce que nous on travaille directement pour la commune, donc on est mandaté par la commune, donc c’est aussi un peu un retour d’ascenseur. Souvent les jeunes qu’on a employés, même de notre génération, ce sont des gens qu’on connaît ».

Nous pouvons dès lors identifier une motivation à l’engagement des jeunes de Thônex liée à la solidarité communale pour cet entrepreneur.

Pour la voirie, de la main d’œuvre est nécessaire ponctuellement, notamment pour des manifestations. Ils passent par les TSHM pour engager des jeunes sur divers événements communaux. Le lien qu’ils entretiennent avec les éducateurs leur permet, selon eux, d’être mis en contact avec des jeunes qu’ils qualifient comme étant « fiables ». Dans ce sens, le partenariat et la collaboration avec les TSHM leur permet l’assurance d’engager des jeunes motivés et consciencieux pour les missions qui leur sont confiées.

Qu’en disent les jeunes ?

Même si l’argent semble être la motivation première pour participer à ces petits jobs, d’autres intérêts sont mis en avant par les jeunes. Dans ce sens, il est mentionné dans un rapport de recherche consacré à l’activité de la Boîte à Boulot, une structure de la Ville de Genève, qu’« ainsi un peu plus de 7 jeunes sur 10 déclarent s’inscrire pour gagner un peu d’argent de poche. La question de l’opportunité de pouvoir effectuer une première expérience professionnelle arrive au second rang des raisons invoquées par les jeunes (40%, même si elle arrive assez loin derrière les perspectives d’avoir un peu d’argent pour ses loisirs. » (2018, p. 7) Concernant les jeunes que nous avons rencontrés, certains y voient une possibilité de gagner de l’argent, de se rendre utile, d’utiliser leur temps à bon escient, et d’autres soulignent l’intérêt d’être en lien avec d’autres personnes. Dans ce sens, Raphaël mentionne :

« Là c’est plutôt des jobs qui nous lient avec des camarades de Thônex et ça crée des sortes d’aventures au-delà du fait de l’argent et de l’emploi. » (Raphaël, 20 ans)

Cette citation démontre l’importance du contexte des petits jobs, mais aussi le fait qu’au-delà de l’aspect financier qui motive les jeunes à participer à ces emplois se cache tout un aspect relationnel, fréquemment mis en avant. Dans ce sens, une autre jeune affirme :

« (…) si après on fait ce genre de job il faut venir avec une motivation parce que si t’as pas de motivation et que tu veux juste gagner de l’argent, ben ça…voilà…y’a pas d’intérêt ! » (Manon, 17 ans)

Il est intéressant de confronter les motivations qu’ont les jeunes à participer à un petit job. En fonction des profils, les motivations peuvent être multiples et pas nécessairement d’ordre financières, contrairement à ce que l’on pourrait avoir tendance à penser. De ce fait, il nous paraît important de mettre en évidence que les jeunes aussi, cherchent du sens dans ce qu’ils font ; la citation de Manon démontre cet aspect.

Expériences

L’acquisition d’expériences diverses à travers les petits jobs

L’expérience du travail

Un des sujets principaux qui a émergé des entretiens réalisés avec les jeunes, est le concept d’expérience lié au travail. Ce qui a été mis en avant au travers de l’outil « petits jobs », c’est l’importance pour certains jeunes de pouvoir se rassurer sur leur capacité à travailler et leur polyvalence, un jeune mentionne (en faisant référence à l’utilité des petits jobs) :
« Être sûr au moins que je sais travailler. Au moins comme ça je sais que si je dois faire n’importe quel travail, j’sais qu’au moins je peux faire des choses. » (Alfred, 19 ans)

Ce récit est très riche parce qu’il fait entrevoir, comme Paugam le mentionne dans son article sur les inégalités sociales sous l’angle de la sociologie, une valorisation à travers le travail fourni. En effet, comme l’auteur le précise, l’expérience du travail permet « d’apporter à chacun (…) le sentiment d’être utile » (2016, p. 13). Par ailleurs, cet extrait laisse peut-être supposer une forme de crainte pour un avenir professionnel incertain et révèle un désir de confirmer l’aptitude à rebondir en cas de réorientation professionnelle. Alfred le confirme dans l’extrait suivant :

« Ouais c’est l’expérience. Et là je me dis que je vais pas faire le commerce toute ma vie donc ça permet de me mettre des idées dans la tête et de pas me dire que toute ma vie je vais faire ça. »

Il est également pertinent de mettre en exergue qu’à travers les petits jobs, il y a une expérience de la réalité du monde professionnel qui se fait. Ce qui est ressorti des entretiens avec les employeurs, c’est un désir de former ces jeunes au monde du travail et de leur donner un aperçu de ce que cela peut représenter. Le responsable de la voirie l’explique d’ailleurs très bien :

« Connaître le monde du travail direct, le fait qu’il y ait des règles dans le travail, un rythme qui est imposé et qu’il faut suivre. Parce qu’après il n’y a pas trop de seconde chance. C’est-à-dire que s’ils ne respectent pas ça, l’employeur peut les renvoyer. Et ça c’est clairement ce qu’on leur fait comprendre ici [à travers les petits jobs]. »
Cet extrait met en avant le fait qu’il n’y a pas de traitement de faveur qui s’effectue vis à vis des jeunes, au vu de leur âge.

L’expérience du salaire

Un autre élément qu’il est important de mettre en lumière sur l’expérience que procure les petits jobs, est l’apprentissage de l’argent. En effet, il peut être extrêmement formateur pour un jeune de recevoir un salaire pour le travail qu’il a fourni. Ce dernier point amène à l’article de Henchoz et al. (2015), qui s’intéresse aux « stratégies nationales de financial literacy (concept qui a été traduit par les termes d’éducation ou de culture financière.) » (p.1), pour la Suisse. Selon les auteurs, l’apprentissage du rapport à l’argent peut se faire de trois manières : par inculcation, observation et expérimentation. L’article met également en avant l’idée que le passage à la vie d’adulte est un moment particulier de la trajectoire biographique, qui s’inscrit dans un contexte historique particulier, où le rapport à l’argent est spécifique. C’est durant cette période de prise d’autonomie que l’apprentissage de l’argent peut se faire quotidiennement. Les jeunes qui bénéficient du dispositif « petits jobs » sont des adolescents où des jeunes adultes, qui sont donc clairement dans cette phase de transition.

L’expérience du développement des liens sociaux

Pour finir, un aspect qui est ressorti fréquemment lors de nos entretiens : le développement des liens sociaux à travers les petits jobs. Tous les jeunes interviewés ont identifié, dans cet outil mis en place par les TSHM, un moyen de créer ou de renforcer des liens déjà existants. Les extraits suivants illustrent cet aspect :

« (…) je trouve que ça m’a permis de connaître des autres gens dans le quartier que je ne connaissais pas. Avoir aussi des liens avec les gens qui travaillent comme TSHM. » (Manon, 17 ans)

« Ouais mais c’était un peu moi qui mettais l’ambiance en plus…parce que je connaissais un peu tout le monde. Et ouais je lâchais quelques vannes, je charriais un peu mes collègues et tout ça et je rigolais beaucoup. Enfin, je m’amusais un peu avec mes collègues mais j’étais toujours bien (…) c’est surtout grâce à l’entourage que y avait parce que je connaissais un peu tout le monde. » (Raphaël, 20 ans)

Ces discours poussent à penser que les petits jobs permettent aussi de favoriser les liens de participation élective. Paugam, sociologue français, affirme que ce type de lien « (…) relève de la socialisation extra-familiale au cours de laquelle l’individu entre en contact avec d’autres individus qu’il apprend à connaître dans le cadre de groupes divers et d’institutions. » (2016, p.10) De ce fait, à travers ce lien de participation élective, les personnes peuvent développer leur « (…) liberté réelle d’établir des relations interpersonnelles selon leurs désirs, leurs aspirations et leurs valences émotionnelles. » (2016, pp.10-11). Dans ce sens, les petits jobs peuvent favoriser la capacité décisionnelle des jeunes, renforcer leur pouvoir d’agir en faisant des choix pour eux, et, de ce fait, favoriser l’autonomie.

Egalité

Les jeunes : vraiment tous sur le même pied d’égalité ?

Les inégalités d’accès aux petits jobs

Il a été vu précédemment que, même s’il n’y a pas vraiment de conditions ou de critères d’admission pour accéder aux petits jobs, il y a quand même une sélection qui se fait en fonction de la conscience professionnelle du jeune. En effet, il semble que les individus ayant démontrés leur régularité, sont privilégiés.
S’il est compréhensible que les TSHM ne peuvent pas envoyer un jeune, dont ils connaissent les habitudes et savent qu’il ne sera pas en mesure de se réveiller le matin pour aller au travail, auprès des employeurs ; la question qui se pose est : que fait-on de ceux qui, à un moment donné de leur parcours, ne peuvent pas prétendre à ce dispositif ? Pour éclaircir ce point, le discours des travailleurs sociaux hors murs de la ville de Thônex dit que :

Pas tous également soutenus financièrement

Il a également été perçu, lors des interviews effectuées, les inégalités financières qui règnent entre les jeunes. Cela va de soi, tous n’ont pas la même conjoncture économique et la même situation familiale. Certains jeunes doivent participer aux petits jobs, car ils n’ont aucun autre moyen d’avoir un peu d’argent, tandis que d’autres sont soutenus financièrement par leurs parents. De ce fait, ceci peut contribuer à expliquer les motivations multiples des jeunes à la participation aux petits jobs. On peut clairement constater cette différence dans les discours suivants :

« Mais je dirais que j’avais environ 250 ou 300 CHF par mois. » (Manon, 17 ans)

« Mes parents me donnent des fois de l’argent de poche mais (…) nan c’est pas régulier. C’était 50 ou 100 francs. » (Alfred, 19 ans)

Les différences, en termes de soutien financier familial, peuvent donc être conséquentes. À ce sujet, Laurence Bachmann et Sophie Rodari, professeures HES à la Haute école de travail social (Hets) de Genève, affirment que les jeunes ne sont pas égaux face aux imprévus et à la préparation au passage à la majorité. Dans ce sens, elles mentionnent : « Si les jeunes adultes des classes moyennes et supérieures sont accompagnés dans leurs apprentissages et épaulés financièrement en cas de difficultés par leur entourage, ce n’est pas le cas des jeunes adultes provenant de milieux modestes (Streuli, 2008). Poussé-e-s vers l’indépendance très rapidement, leur présence et leur éducation représentant un coût pour leurs familles, elles et ils affrontent seul-le-s, sans filet de sécurité, leur prise d’indépendance sociale, civique et économique. » (2014)

Valeurs

Les valeurs communes véhiculées à travers cet outil

Dans cette société hypermoderne qu’est la nôtre, où l’individualisme prime, il nous a paru important de mettre en avant les valeurs communes véhiculées à travers l’outil petit job. Ces valeurs paraissent donc comme étant la résultante du lien de confiance qui se crée entre le jeune et le travailleur social, ainsi qu’entre le jeune et l’employeur. Dans ce sens, les entretiens que nous avons menés ont laissé entrevoir différentes dimensions que nous souhaitons aborder ci-dessous.

La réciprocité

« (..) moi comment je travaillais, ils étaient vraiment satisfaits. Ils m’ont demandé plusieurs fois de revenir et tout. Et moi j’ai tout le temps été le plus souvent possible. (…) eux ils ont la gentillesse de me demander, donc j’essaie d’être là pour les aider. » (Alfred, 19 ans)

Cet extrait démontre à la fois la manière dont un jeune peut se sentir valorisé à travers le travail qu’il a fourni, et, en même temps, laisse entrevoir la réciprocité qui s’installe entre l’employé et l’employeur ; réciprocité basée sur le lien de confiance. Alfred se sent ainsi redevable d’être présent pour l’entreprise qui lui fournit un petit job. Il ajoute à cela :

« Ouais bah c’est la confiance aussi, on m’a donné [un petit job] et on m’a dit : « fait ». Donc si je ne le fais pas, ça ne se fait pas. » (Alfred, 19 ans)

Cette réciprocité se retrouve aussi dans le discours d’une autre jeune, elle affirme :

« (…) je pense que ça leur fait plaisir [en parlant des TSHM] de voir des jeunes de notre âge travailler comme ça. » (Manon, 17 ans)

Dans cette citation, Manon témoigne de cette réciprocité, avec les travailleurs sociaux. Cette citation nous laisse penser qu’il est important, pour cette jeune, de fournir un bon travail pour satisfaire les professionnels qui lui font confiance.

Le sentiment de reconnaissance

Population particulièrement discriminée, les jeunes se voient fréquemment attribuer des qualificatifs négatifs. Dans ce sens, il nous a paru important de faire émerger les discours valorisants des employeurs à l’égard des jeunes. Ils mentionnent à leur sujet :

Les discours de ces employeurs laissent penser qu’ils ont engagé des jeunes volontaires et motivés dans le cadre des emplois qu’ils proposaient. En référence à Paugam, les petits jobs permettent aux jeunes de continuer de maintenir le lien de participation organique. « Ce lien se constitue dans le cadre de l’école et se prolonge dans le monde du travail. » (Paugam, 2016, p.13). En outre, comme cet auteur le mentionne, le travail effectué apporte non seulement une protection sociale (par le biais des cotisations par exemple), mais aussi de la reconnaissance du travail fourni. De ce fait ; « On peut donc définir le type idéal de l’intégration professionnelle comme la double assurance de la reconnaissance matérielle et symbolique du travail et de la protection sociale qui découle de l’emploi. » (Paugam, 2016, p.14) Bien que les petits jobs ne soient pas des activités professionnelles fixes permettant de s’insérer durablement sur le marché du travail, ils offrent aux jeunes une première expérience, pour certains, de prolonger la continuité dans l’inscription des liens organiques, mais aussi la possibilité de se sentir reconnus à travers le travail fourni. De ce fait, ce sentiment de reconnaissance peut participer à favoriser l’estime que le jeune se fait de lui-même, comme nous allons le voir.

La valorisation de l’estime de soi

« Ca ne m’arrive pas souvent de faire des petits jobs comme ça (…) mais ça ne remettait pas en cause la responsabilité que j’avais au niveau de la cuisine. Moi ils m’ont dit qu’ils étaient satisfaits, qu’on a fait du bon boulot. Chacun de nous avait une sorte de rôle ; genre il y en avaient qui s’occupaient de la caisse et d’autres qui s’occupaient des récipients (…). Puis, on était responsable de faire les saucisses pour toute la clientèle de l’événement des promotions. » (Raphaël, 20 ans)

A travers les responsabilités qui leur sont confiées, les jeunes s’inscrivent dans un processus d’autonomisation en participant à ces petits jobs. De plus, le fait de se voir attribuer des tâches impliquant des obligations, a tout un aspect valorisant pour les jeunes. La citation ci-dessus laisse entrevoir la confiance qui a été accordée à Raphaël pour sa mission lors d’un petit job, et le sérieux dont il fait part, dans le but de mener sa mission à bien.

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Conclusion

CONCLUSION

Une demande très présente chez les jeunes

A travers les récits des jeunes, nous avons pu identifier une constante : ils sont unanimes non seulement de par la satisfaction qu’ils éprouvent à l’égard des expériences qu’ils ont pu faire, mais aussi sur le fait qu’il serait nécessaire de développer l’offre des petits jobs. Dans ce sens, le travailleur social que nous avons rencontré est conscient de la demande des jeunes. Il affirme :

« J’ai l’impression de répondre à une demande, mais pas l’impression de la satisfaire. Si les jeunes pouvaient décider du nombre d’heures des petits jobs, on ne ferait plus que ça. » (TSHM).

Ceci démontre que la mission des travailleurs sociaux ne se réduit pas aux petits jobs, de ce fait, l’offre est restreinte. Cependant, nous pouvons donc conclure que le petit job est un outil de travail plus que satisfaisant pour les employeurs et les travailleurs sociaux, mais aussi pour les jeunes. Puis, comme nous l’avons vu précédemment ; au-delà des différentes expériences qu’un jeune peut tirer d’un petit job, nous pouvons penser que celui-ci a aussi comme fonction de combler un certain manque d’infrastructure dédié aux jeunes, dans la commune de Thônex. Dans ce sens, le petit job pourrait être considéré comme ayant cette double fonction : l’acquisition d’expériences multiples et de ressources financières d’une part, ainsi qu’un moyen occupationnel pour les jeunes d’autre part. Concernant l’aspect occupationnel, Manon affirme :

« Comme je n’avais rien à faire, je me suis dit c’est mieux de faire quelque chose d’instructif qui m’amène à faire quelque chose de ma journée plutôt que de rester là à dormir toute la journée, ou être avec mes copines ». (Manon, 17 ans)

Des opportunités ou des débouchés qui s’offrent aux jeunes

Bien que la réinsertion professionnelle ne soit pas le but principal visé à travers l’outil « petits jobs », certaines opportunités peuvent s’offrir aux jeunes qui y participent. Effectivement, comme l’affirme le responsable d’une entreprise de la commune  :

Si on voit que le jeune est motivé, on peut lui offrir le permis poids lourds ». Concernant les jeunes, Manon a, elle aussi, le sentiment d’avoir la possibilité de se voir offrir des débouchés en fonction de la qualité du travail qu’elle fournit, elle affirme : « Si on travaille bien, les gens le voient et ça nous ouvre des portes quand même. Je trouve que c’est cool. ».
Les petits jobs peuvent donc, à un certain niveau, favoriser l’insertion socio-professionnelle de certains jeunes. A ce sujet, on pourrait dire que les petits jobs favorisent l’inscription dans la participation aux liens organiques, dans le sens où Paugam le décrit, et permettent ainsi aux jeunes de se former et de réduire les risques de se voir confronté, plus tard, à un emploi précaire.

Les petits jobs : une expérience aux multiples découvertes

Pour conclure, comme nous avons pu le mentionner, les petits jobs offrent aux jeunes la possibilité d’expérimenter leur savoir-faire et leur savoir-être, par exemple, en situation d’activité professionnelle. L’expérience du salaire va contribuer à socialiser le jeune dans son rapport à l’argent et les expériences en lien avec la création du lien vont permettre aux jeunes d’élargir leurs réseaux et d’expérimenter la collaboration et la coopération dans un univers particulier qui est celui du monde professionnel.

Bibliographie

Auroi, C., Fridez, E., Lemaitre, P. et Stimoli, S. (2017). « Référentiel » du travail social hors murs. Genève : Slatkine.

Bachmann, L., Rodari, S., (2014). Analyser le travail social. Une approche intégrant l’agentivité et les rapports sociaux. Pensées plurielles, 36, 121-132.

Henchoz, C., Plomb, F., Poglia Mileti, F. Et Schutheis, F. (2015). Socialisation économique et pratique financière des jeunes : questions de sociologie. Introduction au numéro spécial. Revue Suisse de sociologie, 41(2), 1979-2000.

Paugam, S. (2016). Intégration et inégalités : deux regards sociologiques à conjuguer in S. Paugam (dir), L’intégration inégale: Force, fragilité et rupture des liens sociaux. 1-23.

Peradotto, J., Wicht, L. (2018). Des jeunes qui viennent chercher un « petit boulot ». L’antenne BAB face à des situations sociales et des besoins diversifiés. Haute école de travail social – Genève.

Réalisation

Bortis Charlène (EESP-VD), Bulundwe Charlène (EESP-VD), Ercetin Deniz (EESP-VD), Galvez Donovan (EESP-VD), Mekhni Toujani Myriam (EESP-VD).

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